La fleur d’amaryllis m’émerveille à chaque fois qu’elle apparaît, c’est pourtant une fleur qui brille par son absence. C’est peut-être cela son secret, savoir, se faire oublier, pour mieux nous éblouir. C’est une demoiselle à nulle autre pareille, de par sa taille, ses couleurs vives et sa longévité. C’est la reine du jardin, notre belle au bois dormant.

La belle Hippeastrum est pourtant une usurpatrice, bien que connue dans le monde entier sous le nom d’amaryllis, elle n’en est pas une. Mais qui pourrait lui en vouloir, avec un nom pareil « hippeasquoi, vous dîtes ? ». Ça, c’est surement un coup de la vilaine sorcière.

 

Pourquoi recueillir les graines des plantes ?

Outre le fait que c’est toujours instructif et ludique d’observer le cycle complet reproductif d’une plante, le semis à partir des graines évite la propagation de la plupart des maladies, ce qui n’est pas le cas dans la division par exemple. 

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Après un an de repos, notre belle endormie daigne enfin nous honorer de sa présence et nous a gratifiés de 4 à 6 magnifiques fleurs, juchées au sommet de leur longue tige creuse, qui dureront de 2 à 3 semaines. A ce stade, on n’aperçoit pas encore l’ovaire de la fleur qui se trouve à la base de celle-ci.

 

Pollinisation « artificielle »

Si vous avez comme moi, un jardin urbain, qui plus est situé au troisième étage, vous risquez de manquer de pollinisateurs. Pour remédier à cela, il va vous falloir jouer les marieuses comme il est coutume de faire pour la fleur de vanille. Rassurez-vous cela n’a rien de sorcier, car, ici tous les organes sexuels de la fleur sont accessibles. Il suffit de repérer les étamines et le pistil. Les étamines portent le pollen et le pistil, c’est le bâtonnet en forme de fourche. 

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Dès que la fleur s’ouvre, il faut surveiller l’évolution des étamines et du pistil. Sur la photo, ci-dessus, le pollen est bien développé, mais le pistil n’est pas mature. Un pistil mature doit avoir les extrémités recourbées.

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Sur cette photo, le pistil est mature, mais il n’y a plus de pollen sur les étamines. Les deux organes sexuels de la fleur n’arrivent pas à maturité en même temps, pour éviter l’autofécondation. Pour aider mère nature quand on manque de pollinisateurs, il suffit de prélever du pollen sur les étamines d'une fleur et de le poser sur le pistil d'une autre fleur. Le transfert peut se faire avec les doigts, en changeant de doigt à chaque nouveau transfert ou avec un coton tige.

Deux à trois semaines ont passé, et l’ovaire de la fleur est bien visible. Le mieux est de laisser la tige en place et d’attendre patiemment que la nature fasse son œuvre. 

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Les ovaires fécondés vont grossir énormément, sécher et fissurer laissant apparaître une multitude de petites enveloppes noires dans lesquelles se trouvent les graines.

 

 

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Les graines sont prêtes à être récoltées et semées. 

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On peut semer les graines à n’importe quelle période de l’année, dans un terreau de qualité. La levée sera plus rapide si les conditions de températures sont bonnes (environ 20°). Au bout de six mois, les plantules devraient être assez vigoureuses pour être repiquées en pot ou en pleine terre.

 

En vrac

Le feuillage des amaryllis peut apparaître en même temps ou après la floraison. Il est très important de ne pas couper les feuilles, car c’est grâce à ces dernières que la plante fait ses réserves avant son long sommeil.

Les amaryllis du commerce sont le résultat d’hybridation par croisement de plusieurs espèces. Il n’est donc pas exclu que vos futures amaryllis ne ressemblent pas au pied mère.

Les bulbes de pleine terre doivent être rentrés en hiver après séchage des feuilles.

Une amaryllis fleurit habituellement au bout de cinq ans. On pourra obtenir une première floraison au bout de trois ans, et même si elle n’est pas spectaculaire, ce sera tout de même un beau cadeau, sa façon à elle, peut-être, de récompenser notre patience.